Thierry BRETON démonte FREE dans Le Monde : De qui se moque t-on?

Publié le par inmediovertus

Visuel Telecom VA

Voilà une de mes dernières indignations : Ce billet de Thierry BRETON dans Le Monde du     22 juin 2012, dans la rubrique « décryptage » et qui traite du sujet des Télécoms qui s’intitule : « Free menace l’innovation dans les Télécoms ».

 

Pourquoi je m’indigne ?

 

Premièrement parce que j’ai lu un peu vite !

Thierry BRETON est présenté comme ceci : Thierry BRETON (Atos).


Je m’emportais car j’estimais que pour la clarté du propos, il aurait été pertinent de rappeler, avant de nous laisser lire le commentaire de Thierry BRETON, que ce dernier a été PDG de FRANCE TELECOM durant 4 ans (2002-2005) puis Ministre des Finances (2005-2007) pour ses dernières activités notoires.

 

Je voulais dire au Monde que pour des étudiants de 20 ans, qui pourraient être tentés d’acheter ce quotidien, 2002/2007 c’est assez loin dans le temps et qu’un rappel était nécessaire. Il était fait, méa culpa !

Ca aurait peut-être été plus habile de le faire en en-tête mais passons.

 

Avant de commencer à m’indigner, petite recherche : qu’est-ce qu’ATOS ?

Selon son site : « Nous fournissons des solutions de conseil, d'intégration de systèmes et d'infogérance qui permettent d'apporter de la valeur ajoutée aux systèmes d'information de nos clients.

Notre mission prioritaire est d'optimiser l'utilisation des nouvelles technologies des systèmes d'information de nos clients et ainsi développer avec eux une nouvelle génération de services ».

Donc oui une SSII, l’une des plus grosses françaises : Cotée à Paris et membre de l’indice IT20, presque 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2011, 74 000 employés répartis dans 48 pays. Je vous le dis car je ne le savais pas.

On reste donc dans le domaine des Télécoms/informatique.

 

Dans ce papier, Monsieur BRETON descend littéralement (au sens meurtrier du terme), la société FREE (j’y reviendrais plus tard sur le fond).

Mais le premier sujet de ce « décryptage » c’est la question du conflit d’intérêt. Monsieur BRETON n’aurait gardé aucune amitié ou sympathie pour son ancien employeur ? Quel chiffre d’affaires ATOS réalise t-il avec FRANCE TELECOM et FREE ?

 

En ce qui concerne la liberté des #Médias, sujet qui m’intéresse particulièrement, on notera quand même que Xavier NIEL (PDG de FREE), est actionnaire à 1/3 de journal Le Monde. Exemplarité en termes de liberté du contenu ? N’a-t-il pas vu l’article ? Ou ai-je manqué un papier « pro » FREE de deux pages… à voir, à suivre.

 

Bon, attaquons nous au contenu de l’article.

 

 

1/ Les TELECOMS sont un secteur qui paient de significatives cotisations fiscales et sociales (sic !)

 

Monsieur BRETON nous rappelle que les télécoms constituent un secteur important en France et qui génère de « très importantes » recettes fiscales et sociales.

Nous sommes donc émus. J’ai envie d’écrire à FRANCE TELECOM et de dire « merci ».

 


2/ FREE va détruire des emplois : Comparaison à géométrie variable :

 

Ensuite et pour paraphraser grossièrement : FREE va ruiner l’industrie Télécoms française, pourtant fière de ses réussites technologiques (comme le Minitel ou le BeeBop j’imagine, qui n’ont surement rien couté au contribuable français), et qui compte des tarifs parmi les plus bas d’Europe.

La baisse des prix, qui, Monsieur BRETON le concède, « a amplement bénéficié au consommateur », (c’est dit c’est fait mais on n’en reparlera plus, l’auteur ne doit pas être sensible à la notion de pouvoir d’achat des français) serait en fait destructrice d’emploi.

 

En effet, cette baisse des prix porterait en elle la gangrène d’une vision courtermiste, qui n’aurait pas dû justifier  l’octroi d’une 4ème licence (rien que ça !).

Pourquoi cela ? Car cela va détruire de l’emploi 50 000 à 70 000 sur 2 ans, l’Arcep (10 000) se tromperait, car il faut prendre en compte les pertes chez tous les acteurs (opérateurs, distributeurs, partenaires indirects), alors que FREE ne compterait que 4.000 employés.

 

Géométrie variable de la formule de l’addition : quand on cite les emplois de FREE, on oublie les emplois indirects Monsieur BRETON ?

 


3/ Les actionnaires de FREE s’enrichissent davantage que ceux de BOUYGUES TELECOM : Une comparaison osée et des chiffres d’une cohérence douteuse

 

Comble de l’infamie, les actionnaires de FREE s’en sont mis plein les poches et la capitalisation boursière de FREE (sa valeur en bourse), dépasserait celle de BOUYGUES TELECOM que Monsieur BERTON cite comme « leader mondial du BTP, leader européen de la télévision gratuite, troisième opérateur mobile (134 000 salariés, 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires et un résultat net de 1,070 milliard d'euros) ».

 

Premièrement je me réjouis de la critique sur le thème de l’incohérence que formule Monsieur BRETON à l’égard de la Bourse.

 

    Ensuite, je m’étonne quand même qu’un fin spécialiste de la finance compare la capitalisation globale de BOUYGUES et de FREE :

         - Ce matin (25/06/2012), Bouygues c’est 6,4 Milliards de valeur en bourse (dont 25% du chiffre d’affaires repose sur l’activité télécoms – BOUYGUES TELECOMS et TF1 et ses autres chaines) ;  

          - ILIAD (groupe FREE) à la même date c’est 6,1 Milliards de valeur en bourse, donc :

o   Pas plus (et donc même moins) que BOUYGUES ;

o   0,5% de chiffre d’affaires représenté par l’activité « mobile ».

 

     Alors, mes calculs sont techniquement largement insuffisants mais pas plus audacieux que la comparaison de Monsieur BRETON des deux capitalisations :

        - BOUYGUES TELECOMS = 6,4 Milliards x 25% = 1,6 Milliards ;

        - FREE = 6,1 Milliards x 0,5% = 0,03 Milliards

 soit une capitalisation de FREE 53 fois inférieure à celle de BOUYGUES TELECOMS !

 


4/ La question clé de la régulation et des infrastructures : Le consumérisme au mépris de l’intérêt général (LOL)


Ensuite on lit que nous sommes dans un cycle crucial pour le secteur (fibre optique, 4G, et stockage pour le Cloud). La focalisation sur les prix risque de faire péricliter les chances de nos fleurons industriels (qui n’incluent pas FREE), qui paient le prix d’avoir créé le réseau et les décisions en faveur des régulateurs favorables à FREE : baisse du prix du dégroupage, licence mobile trois fois moins chère, régulation asymétrique sur les prix.

 

Oui la réflexion sur l’ouverture des marchés ex monopole de sociétés publiques est très importante.

Je ne suis pas capable d’apprécier la question concernant les télécoms, mais je note la position de Monsieur BRETON : la question des infrastructures est une question clé, il faudra également s’en souvenir pour la question de l’ouverture du trafic ferroviaire.

 

Mais ce qui me choque sur ce paragraphe c’est l’explication de l’ouverture des marchés par le « Régulateur européen » que nous livre Monsieur BRETON : «le régulateur a continué à privilégier le consumérisme à tous crins ».

Je ne savais pas qu’à la tête des puissants lobbys faisant le siège des bureaux des députés et commissaires européens on trouvait majoritairement représentés des groupes de pression aussi fortunés et impitoyables qu’UFC-Que Choisir ou 60 millions de consommateurs !

 Ça vaut bien un grand LOL !

 

Monsieur BRETON plaide pour plus de transparence sur les études ayant conduit les décisions du régulateur européen (j’approuve totalement) afin d’éviter les effets pervers sur l’emploi.

Monsieur BRETON met le paquet : « Loin de négliger les bienfaits d'une saine concurrence, il faut redonner du sens collectif à la régulation, infléchir au nom de l'intérêt général les excès individualistes portés par le consumérisme ».

Est-on bien sérieux ? J’vous laisse vous auto-flageller pour votre excès d’individualisme consumériste ! Franchement, ce qu’il ne faut pas lire !

 


5/ Implication des organes régulateur : Une fusion à la sauce Pôle Emploi ?


Dernière idée de Monsieur BRETON : Fusionner Acerp et CSA pour « simplifier les organes de régulation ».

      Mon avis sur ce dernier point :

     - Fusionner et simplifier pourquoi pas mais je serais surtout partisan d’une régulation plus efficace ; 

        - La régulation du secteur en termes d’offre d’accès (ARCEP), de liberté individuelles (CNIL) et de contenu (CSA) me parait certes complémentaire, mais surtout couvrir des problématiques bien différentes : Si la fusion se fait sur le modèle Assedic/ANPE (Pôle Emploi) : Plus de travail et moins de moyens : Non merci !

 

Je ne suis pas spécialiste des télécoms, mais j’ai trouvé cet article consternant !

A la vue de ces nombreuses insuffisances, imprécisions, et autres incohérences, ce billet de Thierry BRETON ressemble beaucoup plus à un soutien qu’il fallait afficher à son secteur, son ex employeur, qu’à une vraie analyse à faire partager : Bref, un nom, un CV, ça aide à avoir l’espace médiatique pour répandre ses idées (qu’elle soit cohérentes ou pas, argumentées ou non).

 

      Une fois de plus résonne dans ma tête :

 

  - Et si on créait un régulateur des médias qui s’inquiète d’autres choses que des sujets de pornographie ou de violence ? (oui c’est important mais largement insuffisant) ?

  - Quand on a un Ministre des anciens combattants, on n’aurait pas droit à un secrétariat d’Etat en charges des médias ?

 

Publié dans Médias

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InMedioVertus 29/06/2012 22:22

En complément de ce billet, je vous invite à lire ce billet de Philippe Silberzahn que vous pouvez retrouver sur son site :
http://philippesilberzahn.com/2012/06/25/thierry-breton-menace-innovation-emploi-et-les-consommateurs-dans-les-telecoms/#comment-1125
Et également sur LeCercle Les Echos :
http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/emploi/221148240/thierry-breton-menace-linnovation-lemploi-et-consommateurs-#comment-52850

Je trouve particulièrement intéressant la thèse en réponse à Monsieur BRETON selon laquelle des prix bas, s’ils peuvent mettre en danger l’offre sur un marché, un secteur, ils ne la remettent pas
en cause dans l’absolu dans la mesure où l’économie sur un poste de dépense sera reporté sur un autre.
Tout ceci reste vrai tant qu’il s’agit d’un produit qui s’adresse à un public aux revenus modestes, dans la mesure où le report de dépense vers un autre type de bien n’est vrai qu’en considérant le
consommateur possède une propension à consommer significative, car à l’inverse, il y aurait risque de fuite de l’argent du marché (épargne notamment).

C’est réjouissant de lire que le billet de Thierry BRETON est une « défense des oligopoles », car c’en est bien également ma lecture.
Cette formule me semble aussi suffisante pour discréditer l’intervention de Monsieur BRETON : « low-cost=destruction d'emploi" ou "oligopole=innovation ».

Je vous laisserais méditer la conclusion de Monsieur
« Car d'où pense-t-on que l'emploi puisse provenir : d'entreprises dynamiques et innovantes à qui l'on offre un cadre efficace de concurrence, ou d'oligopoles fatigués tenus à bouts de bras par
l'État ? »