Regard sur l’abstention à Vincennes aux 2nd tour des législatives 2012

Publié le par inmediovertus

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Dans notre 6ème circonscription du Val de Marne, Laurence ABEILLE (EELV/PS) a été élue avec 51% des suffrages exprimés (abstention au sens légal, comprendre hors blancs et nuls), et a réalisé le score de 48,1% sur Vincennes.

Sans (trop) m’enorgueillir de pouvoir dire « j’l’avais dit » (cf. Pourquoi…), je vais décrypter un peu le  vote des vincennois, avec pour premier axe d’analyse ce qui pour moi a été l’un de facteur clé : l’abstention (ou la participation).

C’était prévisible, le deuxième tour n’a pas suscité de sursaut électoral et a même enregistré une augmentation de l’abstention passée de 37,7% au premier tour à 39,4% sur Vincennes.

Ce phénomène peut surprendre dans la mesure où il s’agit d’un 2ème tour, généralement plus mobilisateur que le 1er, et également compte tenu des résultats serrés du 1er tour entre bloc de gauche et bloc de droite.

Quelle analyse peut-on faire de ce taux de 39,4% d’abstention du 2ème tour des législatives enregistré à Vincennes ? Voici mon décryptage.

 

En synthèse :

  • Vincennes c’est une abstention plus faible qu’au plan national ou local (circonscription) mais en hausse de 1,7 point par rapport au 1er tour : Le sort de Monsieur BEAUDOIN en ballotage délicat au 1er tour n’a pas (suffisamment) mobilisé et le bon score de Madame ABEILLE au second tour n’a pas généré de vote d’enthousiasme et semble porter les stigmates d’un manque d’adhésion des électeurs ayant choisi au 1er tour le dissident PS (DORNBUSCH) et le Front de Gauche (SAINT-GAL) ;
  • Les deux cantons (Est et Ouest) sont égaux en termes d’abstention et de vote nuls et blancs aux 1er et 2ème tours de ces législatives : Vincennes n’est pas coupé en deux (au plan de l’abstention) ;
  • les bureaux de droite se sont davantage mobilisés au second tour et ceux de gauche se sont davantage détournés du scrutin sous l’effet « non représentativité des candidats » qualifiés pour le second pour les électeurs ayant voté pour des « petits » partis ou candidat.

 

1/ Quel contexte pour ce dimanche électoral

 

Ce dimanche électoral était influencé pour un contexte qu’on peut résumer comme suit :

-          Contexte général / National favorable à la gauche (cf. Pourquoi Laurence…) ;

-          Résultats du premier tour : serrés et particulièrement resserrés sur les grands partis ou blocs (faiblesse du Modem, relative faiblesse du Front de Gauche, Indépendants peu significatifs) ;

-          Entre deux tours : Affirmation de la dérive droitisante pour une bonne partie de l’UMP et histoires « People » à gauche : « Le pétard de Duflot »,  « le Tweet de Trierweiler » et l’opération « Sauver le soldat Royal » ;

-          Météo : dimanche ensoleillé tombant le jour de la fête des pères.

 

Hormis le résultat serré du premier tour, les facteurs « généraux » m’apparaissaient, et cela s’est vérifié, ne pas jouer en faveur d’un sursaut de participation (je n’avais pas fait d’anticipation météorologique).

Au final, 43,71% d’abstention au plan national, 41,85% sur notre circonscription, et 39,4% sur Vincennes.

 

 

2/ Le niveau d’abstention

 

L’inflation sur Vincennes au second tour des législatives 2012 c’est 39,4% soit :

-          Moins qu’au plan national (43,71%) ;

-          Moins qu’au niveau de la circonscription (41,85%) ;

-          Plus qu’au premier tour (37,7%).

 

Vincennes s’est donc comportement en relativement bon élève mais a néanmoins boudé ce second tour, l’abstention augmentant de +1,7 point.

Enfin, parmi l’augmentation « officiellement » calculée de l’abstention tient aussi compte d’une hausse de +1,1 point des votes nuls et blancs (377 votes au 2nd tour contre 168 votes au 1er tour soit plus du double).

La hausse « nette » de l’abstention (ne pas se rendre aux urnes) n’est donc que de 0,6 point. Seuls 314 électeurs de plus ne se sont déplacés dans les bureaux de vote.

C’est un premier indice d’explication (classique) de la hausse de l’abstention : la non représentativité des candidats élus au second tour.

 

=> En synthèse, Vincennes c’est une abstention plus faible qu’au plan national ou local (circonscription) mais en hausse de 1,7 point par rapport au 1er tour.

 

 

3/ Un clivage Est-Ouest ?

 

Vincennes, qui voyait la candidature du ticket UMP/NC (Patrick BEAUDOIN) afficher en suppléante Madame LE BIDEAU, Première adjointe au Maire de Vincennes mais surtout Conseillère Générale du canton Vincennes-Est allait-elle se diviser en deux en ce qui concerne l’abstention ?

 

La réponse est non : Les cantons Ouest et Est sont très proches en termes de d’abstention et de votes nuls et blancs, respectivement :

-          1er tour : 37,8% (Est) et 37,6% d’abstention (Ouest) / 0,6% (Est) et 0,5% (Ouest) de nuls et blancs.

-          2ème tour : 39,4% (Est) et 39,5% d’abstention (Ouest) / 1,2% (Est) et 1,2% (Ouest) de nuls et blancs.

 

=> Les deux cantons (Est et Ouest) sont égaux en termes d’abstention et de vote nuls et blancs aux 1er et 2ème tours de ces législatives.

 

 

4/ Qui ne s’est pas mobilisé ?

 

Pas de clivage Est/Ouest, quelle est donc la raison de cette abstention vincennoise ?

 

Je cherché à savoir quelle partie de l’électorat vincennois ne s’était pas mobilisé.

Pour, ça j’ai analysé le vote des différents bureaux, les divisant en trois catégories (De gauche, de droite, ou équilibrés) en tenant compte des suffrages exprimés pour Madame ABEILLE ou Monsieur BEAUDOIN au 2nd tour des législatives.

La règle : un bureau de vote ayant exprimé un vote à + de 51% pour l’un ou l’autre candidat sera considéré « de gauche » ou « de droite », les bureaux ayant exprimés un vote plus équilibré (moins de 51% pour les deux candidats) formant le 3ème groupe.

 

Ce postulat donne les résultats suivants :

-          Bureaux de Gauche : 8, 9, 13, 19, 21, 23, 24 et 25 (8 bureaux, 8.323 inscrits) ;

-          Bureaux Equilibrés : 6, 11, 16, 17, 18 et 22  (6 bureaux, 6.076 inscrits) ;

-          Bureaux de Droite : 1 à 5, 7, 10, 12, 14, 15, 20, 26 à 31 (17 bureaux, 17.194 inscrits).

 

La cohérence de cette catégorisation a été contrôlée en examinant les résultats au 1er tour des législatives de ces groupes.

Les résultats confirment la cohérence globale de ce classement :

 

 

abstention vincennes droite-gauche

 

 

 

 

 

 

A l’intérieur de ces groupes, quelques bureaux donnent des résultats divergents qui peuvent s’expliquer comme suit :

-          Les bureaux de droite, pour lesquels les scores du 1er tour étaient plus relativement orientés à droite au 1er tour (6 au total : 7, 10, 26, 27, 29 et 30) sont des bureaux où notamment Monsieur Dornbusch (Dissident PS) a fait un score supérieur à 10% : Des voix Dornbusch se sont donc reportées à droite ou dans les non exprimés (prochain article sur analyse des reports) ;

-          Les bureaux de gauche, dans lesquels les scores du 1er tour étaient plus relativement orienté à gauche sont majoritairement des bureaux où les voix Modem ou indépendantes sont plus significatives ;

-          Dans les bureaux équilibrés, tous sont équilibrés sauf le 11 qui avait donné un suffrage fort à Dornbusch.

 

(L’analyse des reports sera l’objet d’un prochain billet).

 

La catégorisation : Gauche/Droite/Equilibré sur la base du seuil de 51% est donc cohérente et conservée pour l’analyse.

 

Pour en revenir à l’objet de ce billet, la question désormais à analyser est « quelle catégorie de bureau a enregistré une plus forte ou plus faible abstention que le autres au 2nd tour? ».

 

La réponse est nette : Au 2nd tour de ces élections législatives, l’abstention est moins forte à droite (38,7%) que dans les bureaux équilibrés (39,7%) et que dans les bureaux de gauche (40,7%).

 

Si l’on regarde l’évolution de l’abstention entre le 1er et le 2nd tour, cet écart au plan de l’abstention entre droite et gauche se confirme : L’abstention dans les bureaux de droite a cru de 1,4 point entre les deux tours, de 1,2 points dans les bureaux équilibrés, et surtout de 2,5 points dans les bureaux de gauche.

 

L’évolution de l’abstention nette des votes blancs et nuls confirme cette différence de +1 point d’abstention supplémentaire dans les bureaux de gauche par rapport aux bureaux de droite.

 

=> La droite semble s’est donc davantage mobilisée.

 

Les bureaux de gauche se sont donc plus abstenus que ceux de droite ou équilibrés, et les votes blancs ou nuls n’ont pas eu d’impact sur ce facteur, la part de vote blancs ou nuls dans les trois catégories étant similaire (environ 0,5% au 1er tour et 1,2% au 2nd).

 

Pour affiner cette analyse, j’ai réparti les bureaux en trois nouvelles catégories concernant l’abstention afin d’observer si les bureaux s’étant le plus abstenu, ou à l’inverse, s’étant le plus mobilisé, possédait des points communs ou divergents.

Les catégories mises en place sont les suivantes :

-          Abstention en baisse ou limitée à 0,5 point ;

-          Abstention en hausse entre 0,6 point et 1,4 point ;

-          Abstention en hausse de plus d’ 1,5 point.

 

Il en ressort notamment :

-          Que les bureaux en baisse ou en hausse limitée d’abstention sont tous de droite ou équilibrés (9 bureaux, dont 6 de droite et 3 équilibrés) ;

-          Que les bureaux dont la hausse de l’abstention est comprise entre 0,5 point et 1,5 point sont majoritairement de droite ou équilibrés (12 bureaux dont 6 de droite, 3 équilibrés et 3 de gauche) ;

-          Que les bureaux dont la hausse est la plus forte (+1,5 point) sont autant de gauche que de droite (10 bureaux, dont 5 de gauche et 5 de droite).

 

=> Ceci confirme la première analyse : Les électeurs de droite se sont davantage mobilisés.

 

Enfin, en ce qui concerne les caractéristiques de l’abstention, on remarquera les tendances suivantes :

-          Qu’en moyenne, les bureaux s’étant davantage abstenu au 2nd tour sont aussi des bureaux ayant enregistré un vote Dornbusch significatif ;

-          Qu’en moyenne, les bureaux s’étant davantage abstenu au 2nd tour sont des bureaux ayant enregistré des suffrages parmi les plus significatifs pour les petits partis et candidats ;

-          Qu’en moyenne, les bureaux s’étant davantage abstenu au 2nd tour sont aussi des bureaux ayant enregistré un vote Front de Gauche significatif.

 

=> Ceci confirme l’analyse selon laquelle les bureaux de gauche se sont moins mobilisés et souligne l’effet « non représentativité des candidats » qualifiés pour le second pour les électeurs ayant voté pour des « petits » partis ou candidat.

 

 

CONCLUSION

 

Quelles sont donc les caractéristiques de l’abstention Vincennoise ?

  • Vincennes c’est une abstention plus faible qu’au plan national ou local (circonscription) mais en hausse de 1,7 point par rapport au 1er tour : Le sort de Monsieur BEAUDOIN en ballotage délicat au 1er tour n’a pas (suffisamment) mobilisé et le bon score de Madame ABEILLE au second tour n’a pas généré de vote d’enthousiasme et semble porter les stigmates d’un manque d’adhésion des électeurs ayant choisi au 1er tour le dissident PS (DORNBUSCH) et le Front de Gauche (SAINT-GAL) ;
  • Les deux cantons (Est et Ouest) sont égaux en termes d’abstention et de vote nuls et blancs aux 1er et 2ème tours de ces législatives : Vincennes n’est pas coupé en deux (au plan de l’abstention) ;
  • les bureaux de droite se sont davantage mobilisés au second tour et ceux de gauche se sont davantage détournés du scrutin sous l’effet « non représentativité des candidats » qualifiés pour le second pour les électeurs ayant voté pour des « petits » partis ou candidat.

Publié dans Vincennes

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